|
« Saint Jean a gardé de son humble origine, une simplicité champêtre qui n’est pas son moindre charme. Elle est la sœur très modeste de Saint Martin, un peu la cendrillon qu’on délaisse parfois, mais dont on connaît les vertus cachées. Elle ne s’impose pas, elle plait, c’est pourquoi il n’est pas besoin d’en parler longuement ».
Ces quelques lignes extraites du livre de Renée Dronne sur L’Aigle (1953), résument à merveille, ce que fut et ce qu’est resté cette église, modeste, vivant un peu dans l’ombre de St Martin. Modeste par ses origines, elle n’était au départ qu’une simple chapelle funéraire qui fut érigée en paroisse en 1350 (c’est la partie actuelle du chœur de l’église) en raison de l’accroissement de la population. On jugea alors convenable d’y rattacher une partie de la paroisse Saint Martin, de sorte que le cimetière, qui jusque-là avait été celui de Saint Martin exclusivement, devint commun aux deux paroisses, et ce jusqu’en 1792. Le 18 janvier de cette même année, une délibération du conseil général de la commune interdit d’enterrer, à l’avenir, les morts dans le cimetière de Saint Jean. Le cimetière de Saint Barthélémy resta alors le seul pour toute la ville, jusqu’à l’établissement du cimetière actuel. Le terrain du cimetière Saint Jean fut vendu par adjudication le 1er aout 1821, avec comme condition que le produit de la vente soit affecté à la construction d’une école de filles et à la fondation d’une rente pour les sœurs chargées du soin de cette école. La générosité de M. Nicolas Hamel permit de compléter la somme pour que le projet puisse se réaliser. Modeste par son origine, l’Eglise Saint Jean l’est aussi par sonhistoire qui ne comporte aucun fait marquant. Mais bien que vivant dans l’ombre de Saint Martin, elle en était un peu la rivale d’où une émulation dont l’une et l’autre paroisse ne pouvait que tirer bénéfice. Cependant les rapports entre les deux communautés n’étaient pas toujours des plus cordiaux, car le clergé, les paroissiens et les confréries rattachées à cette église Saint Jean entendaient garder leur indépendance vis-à-vis de la paroisse principale. La lecture des courriers de l’époque qui sont parvenus jusqu’à nous ne manque pas de piquant ! L’Eglise St Jean, d’origine romane, se compose d’une nef flanquée d’un collatéral qui date de la Renaissance, et d’un chœur qui correspond, nous l’avons dit, à la chapelle funéraire primitive. « On retrouve dans ce chœur quelques restes d’anciennes constructions de la fin du XII° siècle (corbeaux en pierre de grison sous le toiture). L’ensemble de l’église a été remanié au XV° siècle. Dans la nef, plus moderne que le chœur, on ne retrouve plus qu’une seule fenêtre ancienne à ébrasement. Les deux parties de l’église sont recouvertes par une charpente à entraits et poinçons apparents et à lambris avec de fines nervures. On y lit la date de 1555. » (P. Girard) L’entrée de l’Eglise est surmontée d’un clocher qui date de la même époque que la grande tour de Saint Martin, et que l’on attribue au même architecte. C’est la partie la plus remarquable de l’édifice, par la finesse de sculpture du dais et des culs de lampe analogues à ceux de Saint Martin et par les statues qui ornent la façade principale, statues malheureusement passablement dégradées par le temps. Quatre de ces statues sont à la même hauteur : deux entre les contreforts : à gauche, le Christ attaché à la colonne et à droite, une Vierge (?) mutilée une sur le contrefort droit : Saint Jean-Baptiste, demi vêtu d’une peau de mouton, tient l’agneau dans la main gauche à droite de ce Saint Jean, une figure de femme (Sainte Marguerite ?) posée sur un dragon, à ses pieds deux écussons d’inégales grandeurs : sur le plus grand, trois hermines.
Au-dessous de ces quatre statues au centre de la façade, dans une fenêtre simulée, un Saint Denis tenant sa tête dans ses mains. Il repose sur un cul de lampe Renaissance et est surmonté par un dais de même époque. La façade d’entrée de l’Eglise a été restauré dans les années 90. En même temps que cette restauration, il était décidé de réhabiter la niche qui surmonte la porte d’entrée, niche qui était vide depuis des décennies. On peut donc y admirer une très belle Vierge à l’Enfant, reproduction d’une statue du XVI° siècle de Germain Pilon, dont l’original se trouve au Mans en l’Eglise Notre Dame de la Couture. Le clocher qui surmonte cette tour de l’Eglise Saint Jean avait, à l’origine, la forme d’une pyramide octogonale. Frappé par la foudre au tout début du XX° siècle, il fut reconstruit dans un style assez lourd qui écrasait la tour. Daniel Lefèvre, architecte des monuments historiques, propose dans les années 80 de lui redonner sa forme primitive, ce qui fut accepté par le conseil municipal de l’époque, en 1987. C’est bien sûr le chœur qui, à l’intérieur de l’église, est la partie la plus intéressante et la plus richement décorée. Le maître-autel, de style Louis XIII, est en bois polychrome surmonté d’un tabernacle à cinq pans. Des colonnettes torses limitent 5 niches dans lesquelles sont cinq statuettes du Christ et des quatre évangélistes. Le tout surmonté d’un dôme à écailles. Le retable du maître-autel est en bois, composé de quatre colonnes corinthiennes élevées sur un double socle et surmontées d’un fronton coupé et d’une niche dans laquelle est une statue de Saint Jean-Baptiste. Plusieurs tableaux ornent ce rétable : au centre, le baptême du Seigneur et sur les côtés, Saint Jean l’évangéliste, Saint Matthieu, Saint Luc, Sainte Cécile, Saint Marc, l’éducation de la Vierge. Les autels latéraux sont de style Louis XIV, en bois peint, avec au nord un tableau de l’Annonciation, et sur le fronton une Vierge, au sud le martyr de Saint Sébastien et sur le fronton un médaillon de Saint Sébastien. Quant aux vitraux de l’Eglise, ils sont l’œuvre de Gabriel Loire et datent de 1961. Gabriel Loire, maître verrier à Chartres, a connu une renommée internationale. Ses œuvres se retrouvent dans plus de 800 monuments, répartis sur les cinq continents. Les vitraux de Saint Jean sont de fabrication traditionnelle, en verre et plomb, avec des dessins abstraits et des tonalités très douces de bleu et de brun s’harmonisant avec le monument. Il y avait autrefois un orgue à Saint Jean. Il n’en reste rien, sinon quelques tuyaux de la façade et le meuble lui-même qui n’est pas sans valeur. On ne dispose d’aucun document sur cet orgue. Le seul renseignement historique, fourni par les archives de la Manche, est qu’un dénommé Guérin, qui fut le facteur de l’orgue de Villedieu (50) aurait travaillé à la restauration de l’orgue de Saint Jean vers 1836, à la demande du Dr Mazier (?), membre de la fabrique. Mais les archives de Saint Jean ne nous fournissent aucun document venant confirmer ou expliciter cela. Quelques mots pour terminer sur l’histoire contemporaine de l’église. Il n’y a plus de curé à Saint Jean depuis 1920. Le registre de catholicité s’arrête en 1936. L’église a été fermée au culte en 1939. Endommagée en 1940 par quelques obus à l’arrivée des Allemands, et surtout en 1944, lors du bombardement de L’Aigle, l’église vécut une période de semi abandon, à la grande tristesse de tous les amis de cette vieille église. Et puis, restaurée dans les années 60, elle est réouverte au culte en 1964, l’Abbé Gérard David étant curé de L’Aigle. On ne peut que prier pour souhaiter longue vie à cette église et espérer qu’une nouvelle tranche de travaux de restauration, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, lui redonne tout le charme qui a toujours été le sien. « J’ai fait un rêve » disait Martin Luther King
|