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L’église principale de l’Aigle est placée sous le patronage du grand évêque de Tours, mort en 397. L’édifice forme un ensemble curieux, mais cependant harmonieux, dû à cinq époques différentes.
La partie romane en grison (pierre rugueuse de notre Pays d’Ouche), avec son élégante flèche d’ardoise, date en partie du XI° siècle. Elle abrite le baptistère. Sur la rue Carnot, l’abside en grison calée par deux solides contreforts, avec trois fenêtres (aveugles) timidement ogivales et, à l’autre extrémité, la façade Ouest en pierre, avec des éléments de défense (mâchicoulis) au dessus de la grande porte, indiquent la transition XII° - XIII° siècles. Une nef voûtée de bois les reliait. Elle suffisait alors à la population d’une petite citée fortifiée, enclose dans son enceinte que dominait le château fort de Fulbert de Beina, premier baron de l’Aigle, vers 1010. Au début du XIV° siècle, le sanctuaire s’augment d’une chapelle du Rosaire occupant, ce qui est de nos jours, la première travée de la nef nord. Après la guerre de cent ans, la prospérité revient. On achève alors trois nouvelles travées, la nef septentrionale et s’élève en 1494 la puissante et majestueuse Tour Saint-Martin. Cette fois, c’est le gothique qui flamboie… En 1494 également, les paroissiens fondent une « Confrérie de la Charité ». Ces associations de laïques sont très spéciales aux régions normandes couvrant de nos jours l’Eure et la partie est de l’Orne (Pays d’Ouche). Elles avaient pour but d’assurer des prières et une sépulture chrétienne aux membres défunts, ainsi que des secours aux familles que le deuil mettait en difficulté. Sortes de « société » de secours mutuels dont le financement était assuré par les cotisations de chaque membre, suivant ses possibilités. Presque toute la population en faisait partie. Le Saint-Patron de cette « Charité » était Saint Portien (ou Porcien) dont l’Aigle partage les reliques avec Saint-Pourçain sur Sioul, en Bourbonnais, où ce moine d’Auvergne est également vénéré. La Tour Saint Martin étant achevée en 1498, les « charitons » offrent la plus grosse de nos cloches « de 4000 livres pesantes, nommée Poursainte » qui, depuis plus de 500 ans, domine nos carillons. Enfin de 1542 à 1563, s’élève la nef méridionale avec sa voûte Renaissance à pendentifs et motifs décoratifs. Le maître-autel et le superbe retable qui le domine sont du XVII° siècle. Le tableau central - descente de croix - est attribué à Simon Vouet. Il est entouré de Saint Martin (avec sa mitre), patron de la paroisse et à sa droite, le moine Saint Porcien, patron de la cité. Saint Sébastien et Saint Jacques, qui avaient également des confréries, voisinent avec eux au fronton un Christ portant le globe terrestre. Au cours de la Révolution, l’église devient le « temple de la déesse Raison » et à l’extérieur, sous la base des fenêtres, une inscription : « Le peuple français croit à l’Etre suprême et à l’immortalité de l’âme ». Cette phrase de Robespierre (inscrite sur plusieurs églises de France) se lisait encore partiellement vers 1950, quoique surchargée d’une autre devise de la 3ème République. Durant le XIX° siècle, des travaux, dits « d’embellissement », surchargent l’église d’éléments massifs, sans personnalité. Vers 1890, l’abbé Gontier fait disparaître la voûte à sept pans derrière une voûte en briques creuses de style ogival. Arrivé en 1922, l’abbé Paul Girard fait procéder à la réfection des orgues, divisant le buffet en deux parties pour dégager la fenêtre ouest. En 1935, il entreprend des travaux de restauration du mobilier, des vitraux et des statues. Mais le bombardement du 7 juin 1944 cause de gros dégâts dont la disparition de six verrières anciennes et deux du XIX° siècle. Dès 1947, Saint Martin est ressuscité dans son état actuel où des œuvres modernes fraternisent heureusement avec les anciennes. Les deux vitraux du XV° siècle rescapés du désastre (l’un, consacré à Saint Porcien au dessus de l’autel sud, l’autre, chasse de Saint Hubert, 4ème travée nord) s’accommodent fort bien du voisinage des modernes dus à des maîtres verriers de grand renom : Barillet et Max Ingrand. Des évocations modernes de Lambert-Rucki (Christ en croix - Sainte Thérèse - Saint Antoine) s’ajoutent à leurs aînés (Vierge à la figue - Trinité - Saint Jacques). Une Piéta de Drivier (élève de Rodin), les grilles du baptistère et les arabesques de cuivre des tables de communion complètent un ensemble artistique que les connaisseurs apprécient et qui porte les chrétiens à la réflexion et à la prière. L’abbé Paul Girard (1875-1964) qui fut l’artisan de ce renouveau, repose devant l’autel du Saint Sacrement. En sortant sur la place Saint Martin, vous verrez, bien intégrées dans leurs niches Renaissance, 9 statues modernes dues au ciseau de sculpteurs connus : Lambert-Rucki (Saint Jean - Saint Jacques), Yencesse (Saint Martin - Saint Porcien), P. Cornet (Saint Pierre - Saint Paul), P. Belmondo (Sainte Geneviève - Sainte Jeanne d’Arc), R.Martin (Vierge à l’enfant). Au tournant de la rue Thiers, médaillon de l’abbé Girard, réalisé en 1992, par Serge Santucci. Enfin, portant vos regard vers le ciel, vous détaillez la Tour Saint Martin jusqu’aux deux personnages supérieurs (un ange et une femme : l’Annonciation) et, posé sur le tout en guise de signature, l’oiseau du vent et des cimes qui est notre emblème : un aigle.
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