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Rai Version imprimable

ImageDans la vallée de la Rille, le cœur du bourg de Rai avec son église romane, l’ancien prieuré attenant (XVI° siècle) et les quelques maisons qui les entourent constitue un fort bel ensemble que les diverses saisons de l’année font varier à souhait. 

L'Eglise Notre-Dame de l'Assomption, une fondation romane

 

En 1060, Engenouf, le deuxième baron de l’Aigle, fonde un prieuré à St Sulpice sur Rille et le confie aux moines de Saint Laumer de Blois. Dans une charte du 22 juin 1101, Henri I° Beauclerc, roi des anglais et des normands,  confirme à l’abbaye de Saint Laumer la possession de toute une série de biens en Normandie. Parmi ceux-ci figure l’église Sainte Marie de Rai « avec la dîme de trois moulins, deux de ceux-ci appartenant à Dreu et le troisième à Hugues et toutes ses dépendances. »  

Cette mention est intéressante. Elle atteste l’existence en Normandie de moulins : moulins à eau (pour le blé et le tan) qui ont eu tendance à se multiplier à cette époque et qui connaîtront un brillant  avenir lorsqu’ils serviront, à la fin du moyen âge, à la fonte du minerai et au tréfilage ou moulins à vent qui apparaissent à la fin du XII° siècle. Entre 1201 et 1203, Robert, l’évêque d’Evreux, confirme à cette abbaye de Blois la possession des églises de Saint Sulpice sur Rille,  Saint Martin d’Ecublei, Vitrai, Irai et l’« église de Rai avec la chapelle de Saint Pierre de Roncière » (aujourd’hui détruite).  

Dans les siècles suivants, les archives paroissiales gardent mémoire des conflits qui n’ont pas manqué de se produire, autour du patronage de l’église de Rai, entre les seigneurs de Porte, à Rai,  et les abbés de Saint Laumer (ces derniers obtenant le plus souvent, au terme d’un procès, gain de cause). 

Une heureuse restauration au XX° siècle  

Au cours du temps, cette église Sainte Marie de Rai, devenue Notre Dame de l’Assomption, a eu tendance à se transformer jusqu’à ce que des travaux, à partir de 1978, lui redonnent son aspect ancien. La réfection du clocher a tout d’abord  permis la découverte de beaux piliers romans cachés sous une couche de plâtre.

Puis le dégagement du sol (qui, d’années en années, s’était relevé de 60 à 80 cm), a remis en valeur le soubassement de ces  piliers. Quatre dallages furent ainsi identifiés dont le plus ancien était fait de pavés rectangulaires, en grés. Des pièces de monnaie de la fin du Moyen Age ont été retrouvées,  en particulier auprès du bassin d’un squelette reposant  dans une tombe au pied du pilier sud-ouest du clocher. 

Cette restauration a également permis l’ouverture des fenêtres qui avaient été diminuées. Et s’est révélée la pureté de cette église et de sa voûte en bois.  Abside romane, transept et clocher carré surmonté d’une flèche d’ardoise.  

Un itinéraire possible de visite   

Pour découvrir l’intérieur de l’église de Rai, il convient d’entrer par le portail de la nef et de se retrouver auprès du baptistère, cette belle cuve ovale qui, au printemps 2005, a retrouvé plus ou moins sa place initiale.  

C’est là que l’on accueille celles et ceux qui viennent recevoir le baptême et qui entrent  ainsi dans la communauté chrétienne. 

Au dessus de ce baptistère (et le baignant, l’après midi, de sa belle lumière bleue), un vitrail de Jean Barillet  représentant le baptême du Christ : dans le Jourdain, Jean baptise Jésus tandis que le Père et l’Esprit le désignent comme le Fils bien aimé (Marc 1,11) 

Dans le haut du vitrail, Marie en son assomption, à qui est dédiée cette église, est représentée dans la joie, entourée des anges musiciens, elle-même entonnant son cantique d’action de grâce : Mon âme exalte le Seigneur, exulte mon esprit en Dieu mon Sauveur. » (Luc 1, 46-47). 

Les autres vitraux de l’église illustrent ces grands moments de l’existence de la Vierge Marie associée à la vie de son fils avant de partager, à son assomption, sa gloire. Dans le transept sud : le Christ né de la Vierge Marie. « Elle est bénie de Dieu, la femme qui met au monde le premier-né. Elle est bénie de Dieu ! Tout homme la proclame : Heureuse en son humilité. » 

Dans la crèche de Bethléem surmontée de l’étoile, les bergers entourent la sainte famille et apportent en cadeau à l’enfant les fruits de leur vie quotidienne.  

Cette vie quotidienne, nous la retrouvons dans le vitrail de gauche de la nef : le Christ y est représenté au travail, apprenant de St Joseph le métier de charpentier.  

Sur le vitrail d’en face, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus est en train de coudre, ayant suspendu sa méditation du livre qui a alimenté la vie spirituelle de nombreuses générations : l’Imitation du Jésus Christ. La vie quotidienne, avec ses humbles tâches exercées par amour, devient le chemin le plus sûr de la sainteté et de la rencontre de Dieu. 

Le second vitrail de la nef représente une autre forme d’œuvre : le ministère de l’évêque fondateur d’église. 

Poursuivant cette découverte des vitraux consacrés à Marie, nous la retrouvons dans le transept de gauche, non plus associée aux mystères joyeux du Christ, mais douloureux, au pied de la croix. Accompagnée de Jean l’évangéliste, Marie assiste au coup de lance qui percera le cœur de son fils révélant la profondeur de son amour. « Elle est bénie de Dieu, le Mère qui voit mourir son Fils en croix, elle est bénie de Dieu ! Debout, près du calvaire, elle ouvre l’âge de la foi. » 

Les deux derniers vitraux, dans le chœur, représentent la dormition [Marie est là, endormie dans la mort, allongée sur un lit (le même que celui de la nativité) entourée des  disciples et des apôtres, qui veillent dans la foi (tenant en main des lampes allumées)...] et l’assomption [C’est la montée de Marie au ciel, son entrée dans la gloire. « Toutes les générations me diront bienheureuse… » Luc 1, 48. Marie, prémisse de notre humanité, communie à la vie trinitaire : « Elle est bénie de Dieu, la Reine qui prie pour nous pauvres pécheurs, elle est bénie de Dieu ! Sa gloire nous entraîne au jour promis par le Seigneur. »]. 

Le maître autel, aujourd’hui déposé dans le transept gauche de l’église, représente également l’Assomption (XIX° siècle). L’huile sur toile qui en était le centre nécessiterait une restauration. L’autel du chœur était un des deux autels latéraux. Huit stalles du XVIII-XIX° siècle épousent maintenant la forme de l’abside.

Quatre statues restent à découvrir :
  • à l’entrée du chœur : Notre Dame de Rai vénérée de longue date  et Sainte Anne et Marie ;
  • au fond de l’église : Saint Eloi (XVII° siècle) [Contemporain et ami de Saint Evroult (VII° siècle), Eloi, avant d’être le conseiller bien connu du roi Dagobert avait été orfèvre. Il est le patron des forgerons et rappelle l’importance de la métallurgie en cette partie du Pays d’Ouche.] et Saint Roch [Sa présence évoque les terribles pestes qui, au XVII° siècle firent tant de ravages, en particulier en Normandie. Il est invoqué contre ce mal.]. 
 
 
 
 
 
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