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« Viens Père des pauvres, viens, Esprit généreux,
Viens lumière des coeurs, du ciel, fais jaillir l’éclat de ta splendeur… » Au cœur du bourg rénové de Thubeuf se dresse une petite église gothique dédiée à Saint Léonard dont l’origine remonte sans doute au XII°-XIII° siècle. Eglise paroissiale de l’ancienne commune de Thubeuf (1365), elle est devenue en 1965 du fait de la fusion avec la commune de Saint Michel la Forêt, la deuxième église de Saint Michel-Thubeuf. A la suite du synode diocésain de Séez en 1993, elle fait partie depuis 1995 des douze clochers de la paroisse de Saint Martin-en-Ouche et relève du doyenné d’Auge-Ouche. Elle constitue le relais de l’Iton avec Chandai et Saint Ouen-sur-Iton.
Le pignon ouest, surmonté de son clocheton, domine la place de l’Epine. Au nord, un bras du transept abrite la chapelle seigneuriale avec son accès direct, tandis que derrière le front bâti de maisons en briques, on devine l’élégant château de Thubeuf entouré de ses jardins et d’une chapelle privée. A l’est de l’abside, l’église est bordée par l’ancien tribunal de haute et basse justice tandis qu’au sud une sacristie du XVIII° siècle constitue un autre bras du transept. L’église est dédiée à Saint Léonard, sans doute Saint Léonard de Noblac. Proche des premiers mérovingiens, il fut converti par Saint Rémi de Reims. Sur le conseil de celui-ci, il se retira dans l’abbaye de Micy, près d’Orléans, devenue abbé il quitte sa charge pour devenir ermite dans forêt de Noblac, près de son abbaye. On connaît très peu de choses sur sa vie, mais son culte était très répandu au Moyen-Age. Il est représenté comme abbé tenant des chaînes. On le verra dans chœur à gauche (les chaînes sont perdues). Mort selon la tradition vers 559, sa fête est célébrée le 6 novembre. Mais il nous faut aussi évoquer la très belle figure de Mère Saint Louis [Marie-Louise Elisabeth Molé de Lamoignon (1763-1825)]. Fondatrice de la congrégation des soeurs de la Charité de Saint Louis à Vannes (Morbihan), celle qui fut appelée « l’ange des mansardes et des miséreux » fut déclarée vénérable le 16 janvier 1986 par le Saint Père Jean-Paul II. Sa congrégation, toujours bien vivante aujourd’hui, est présente en France, en Angleterre, en Italie, au Canada, à Madagascar et en Haïti. Elle partagera son enfance entre le château de Chandai et celui de Thubeuf où elle passait « les jours radieux de septembre » chez sa grand-mère Madame Jort Berryer de Fribois. C’est à l’église de Thubeuf qu’elle fit sa première communion. Nous pouvons l’invoquer en ces termes : « Seigneur Jésus, daignez-nous accorder, en vue des mérites de Mère Saint Louis, la grâce que nous implorons de votre miséricordieuse bonté, afin qu’en elle, vos dons soient glorifiés et que nous puissions la voir un jour honorée sur les autels ». Au cours du XIX° siècle, il y a une prise de conscience de la valeur de cette église, des travaux d’entretien sont réalisés par l’architecte Bourgeois (1861) : percement de fenêtres dans le chœur, vitraux, pavage de la nef et du chœur. Un caniveau en briques est mis en place autour de l’église. En 1879, la famille Beau, nouveau propriétaire du château, paye la couverture du clocher et participe en 1890, avec la commune, à la pose de nouvelles cloches. Ceci entraîne des sectionnements de charpente et le percement du mur nord. Au début du XX° siècle, il faut signaler l’opposition farouche des habitants de la commune aux inventaires de 1905 : « les agents du gouvernements venus pour procéder à l’inventaire se trouvèrent en face d’une véritable muraille humaine entourant l’église, la cavalerie dû charger, la porte de l’église sera brisée à coups de hache … ». Au cours de ce siècle, en terme de travaux, rien de notable n’est entrepris. En 2002, la municipalité de Saint Michel Thubeuf, soucieuse de cet élément de son patrimoine, prend conscience de la dégradation de l’église. Un mouvement important de charpente s’est produit avec basculement sur le pignon ouest menaçant l’édifice et entraînant des lézardes. Une étude, confiée au cabinet Touchard, souligne l’importance des désordres et les financements à mobiliser. Municipalité et paroisse examinent en commun les moyens de faire face à cette grave menace sur leur église toujours ouverte au culte et à laquelle la communauté de fidèles est attachée. Un peu d’histoire et d’architecture … (Sources : Revue de la SHAO 1949 – Archives départementales de l’Orne – Etude Cabinet Touchard, La Ferrière Bechet Orne, octobre 2003) Petite commune rurale au Moyen-Age et sous l’Ancien Régime, sans grand moyens financiers, ce fut le seigneur présentateur puis le châtelain qui payèrent les grosses réparations plus que la fabrique ou les habitants. Les origines de l’église remonteraient à la période romane XII°-XIII° siècles ainsi qu’en atteste la disposition du chœur en abside renforcée par des contreforts droits. Le mur pignon ouest est d’une grande simplicité mais ses proportions sont imposantes, la hauteur étant quasiment celle de la largeur. Il correspondrait à la période d’origine du chœur. En revanche, les deux contreforts ainsi que la porte à arc brisé évoquent le XIV° siècle. La charpente est à chevrons formant ferme. Les décors peints sur les bois ont été remis à jour au XIX° siècle mais les blasons peints sur chaque entrait n’ont pas été identifiés. On peut donc hésiter entre deux hypothèses : soit nous nous trouvons devant une église construite en deux périodes, soit l’église est bien de la période romane mais a subi des modifications au cours de la période gothique. Adrien Lamy, conseiller au parlement de Rouen, seigneur de Thubeuf, fit ériger au XVII° siècle la chapelle seigneuriale, comme l’atteste la grande plaque funéraire en marbre dédiée à Marie Lamy et Adrien Lamy son époux, inhumés en 1694 et 1689. Tout au long du XVIII° siècle, l’église a besoin de travaux. En 1672 on reconstruit la sacristie. Après la tourmente révolutionnaire et le concordat sur lequel nous ne disposons d’aucun renseignement, il faut attendre 1811 pour que Napoléon, invité par Monsieur le Duc, Marquis de Lillers, impressionné par la qualité de l’église, rétablisse la paroisse. Et maintenant rentrons dans l’église … L’église est à l’échelle de la commune, sobre et modeste. Cependant l’intérieur présente des décors sur les murs, les fermes et la voûte qui lui offrent un aspect majestueux. La nef unique sans décrochement est prolongée par un chœur absidial. De part et d’autres sont disposés au nord, la chapelle seigneuriale et au sud, la sacristie, constituant un transept irrégulier. La nef est éclairée de deux baies chanfreinées à grisailles au sud et d’une baie plus récente au nord. Le chevet est percé de trois baies identiques placées entre les contreforts. Le vitrail central est un Christ enseignant entouré de deux grisailles dû à l’atelier Erdmann et Kremmer, Paris, Batignolles, 1867. « La sobriété des éléments architecturaux ne reflètent pas la richesse de l’atmosphère intérieure » (Cabinet Touchard, 2003). Les murs sont peints sur un fond vert de motifs floraux ou géométriques. La voûte est peinte de fleurs de lys et de croix bordeaux sur fond beige. Mais c’est un bleu pâle qui domine et illumine la voûte et les autels latéraux. Les deux autels latéraux sont en bois polychromes, sans doute du début du XIX° siècle. On remarquera le retable à deux colonnes cannelées, lierrées, croix de Malte au fronton, dédiée à Notre Dame des Victoires pour l’un ; cœur sacré au fronton pour l’autre, dédié au Sacré Cœur de Jésus. Le maître autel est en bois galbé à la colombe, décors de coquilles surmonté d’un très beau tabernacle sculpté en bas reliefs et surmonté d’une exposition ornée de grappes, d’acanthes, de têtes d’angelots et de plumets (XIX° siècle). Quatre statues entourent l’abside. De gauche à droite, on reconnaîtra Saint Léonard, la Vierge Marie, Saint Joseph et Saint Sébastien. Avant de quitter la nef, saluons le Christ Sauveur accroché à la flèche de l’arbalétrier, en limite de la nef, statue polychrome d’art populaire très expressive, en bois, non datée. Remarquons aussi la chaire du XIX° siècle de même que le confessionnal rustique et la cuve baptismale octogonale en granit du XVI° siècle. Rentrons maintenant dans la chapelle seigneuriale du XVII° siècle. Elle s’ouvre sur le chœur par un portail de style classique en bois et grille en fer forgé. Le banc seigneurial est légèrement en retrait sur la gauche. Les boiseries et l’autel en bois dédiés à Marie sont d’une belle sobriété. La chapelle est plafonnée d’une voûte en berceau d’une grande simplicité et sans ornement. Il s’agit là d’une décoration d’un classicisme dépouillé qui n’est pas sans évoquer le jansénisme. Sur le sol comme on l’a vu, on déchiffrera la dalle funéraire, de Jean Courtin et Marie Lamy, martelée sous la Révolution : « … priez Dieu, qu’Il veuille réunir leurs âmes … » |