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L’église de Saint Sulpice-sur-Rille mérite de retenir doublement notre attention. Fondée par les barons de l’Aigle pour devenir le lieu de leur sépulture, elle est un monument emblématique du pays d'Ouche. De plus, la récente découverte de ses fresques médiévales est considérée par les spécialistes comme « une des plus importantes de ces 30 dernières années en Normandie » (Pierre Laure). Présentation historique du monument Une fondation du XI° siècle Engenouf, le deuxième baron de l’Aigle fonde un prieuré à Saint Sulpice en 1060, quelques années avant la conquête de l'Angleterre au cours de laquelle il trouve la mort à Hasting, en 1066. Ce prieuré est confié à des moines de Saint Lhomer de Blois, une communauté elle-même fondée au VI° siècle à Corbion dans le Perche et transférée à Blois lors des invasions normandes en 924. Son fondateur, Saint Lhomer, est représenté sur le deuxième vitrail nord de la nef de Saint Sulpice (XIII° siècle). Une très belle charte de Richer II de l’Aigle de 1155 énonce les nombreuses donations faites par ses ancêtres à ce prieuré qui avait une dépendance à Rai et à Irai. Au XIII° siècle, il comptait 7 à 8 moines lorsque le visita Eudes Rigaud, le site ayant d'autant plus d'importance qu'il se trouvait aux confins de la Normandie et du Perche. A la fin du Moyen Age, des trous dans les archives correspondent peut-être à un certain déclin. Un nouvel élan à partir du XVII° siècle Une bulle de Paul V, en date du 13 juin 1619, nous dit que le prieuré de Saint Sulpice et celui de Saint Samson d'Orléans sont unis au collège des jésuites installé deux ans plus tôt à Orléans. D'où la présence des médaillons, dans le chœur de Saint Sulpice, de Saint Ignace et de Saint François-Xavier. Après l’expulsion des jésuites du Royaume en 1762, des lettres patentes de Louis XV du 8 novembre 1763 confirment l'union du prieuré au collège d'Orléans tenu par des particuliers et un bureau d'administration. C'est ce bureau qui autorise en 1786 d'abattre un mur de l’église paroissiale (la nef actuelle) pour la relier la chapelle des religieux (le chœur actuel). Avec la révolution française disparait ce prieuré. En 1792, ses titres sont remis au district de l'Aigle et les terres de l'ex-prieur mises en vente le 27 juin 1793 par Marie-Louise Vigneron, veuve du sieur Louis-François Harel demeurant à l'Aigle. Visite de l'église De récentes découvertes concernant la charpente confirme que furent reliés deux monuments distincts : l’église paroissiale et la chapelle des moines. Tous deux sont des constructions romanes du XII° siècle, en silex et roussard. Admirer à l’extérieur le chevet plat, percé de trois fenêtres. Les fresques A l’occasion d’un nettoyage en 1954, organisé par le prêtre de l’époque, l’abbé Philippe, est venue l’intuition de l’existence de ces fresques sous le badigeon dont le dégagement a été réalisé par les services des monuments historiques en 1995 et 1996, avec M. Pierre Laure. Une double remarque: au plan artistique, nous avons là un témoignage de la fin du XIV° et du début XV° (datation qui s'appuie sur le type d'architecture et de décor et sur la manière de traiter l'espace). au plan spirituel, nous observons sur le mur ouest une correspondance entre les deux scènes représentées à gauche : la mort du Christ en Croix et la Pentecôte. Et nous retrouvons la remarque de Saint Jean dans son récit des derniers instants du Christ : « Jésus remit l'Esprit » (mort) ou encore « le répandit » (Pentecôte) (cf. Jn 19, 30).
Et de l’autre côté, le double mouvement du Christ: sa descente aux enfers dont il tire Adam et Eve (l’humanité) et son ascension nous ouvrant le chemin vers le ciel. Entre les deux : la Jérusalem céleste représentée comme une cité où les habitants sont introduits par Saint Pierre. Leurs silhouettes apparaissent aux fenêtres. Le mur nord, quant à lui, est plus problématique. En haut, une série de tableaux représentant l'apparition du ressuscité à Saint Thomas? et diverses figures d’apôtres. En dessous, une frise : vie de martyrs? et présence du donateur (le seigneur du lieu?), de son épouse et ses enfants (près d’une dalle funéraire à l’effigie d’une femme). Le décor de l'ensemble: un faux appareil à fleurettes (jusqu'à la fin XIV° siècle), des motifs à pochoir (plutôt XV° siècle), et d’élégantes tapisseries. Des coloris demeurent les bases ocre jaune et rouge. Le pigment est altéré : le bleu et le vert, à base de plomb, tendent au noir. Le mobilier 1. Le maître-autel : un retable à deux colonnes corinthiennes, une gloire au fronton, des pots à feu et angelots soutenant une couronne en bas relief (XVIII° siècle ?) un tabernacle à panneaux peints, exposition à colonnettes torses, deux statuettes de Saints Evêques (XVII° siècle) un autel en forme de tombeau galbé à l'agneau pascal au centre du retable, un tableau représentant saint Sulpice (daté 1791 et donné par l’empereur Napoléon III en 1860). Evêque de Bourges à partir de 624, Sulpice protégea les pauvres et les persécutés, notamment les victimes d'un officier du roi Dagobert. Il est le patron de l'église et du séminaire Saint Sulpice à Paris.
De part et d’autre, deux médaillons : Saint Ignace de Loyola (1491-1556), fondateur de la Compagnie de Jésus. Aujourd’hui très apprécié par son expérience spirituelle de discernement : les Exercices Spirituels Saint François-Xavier (1506-1552), un des premiers compagnons d'Ignace. Patron des missions à l'extérieur. Après son passage, le Japon comptait près de 400 000 chrétiens. Il mourut avant d'entrer en Chine.
2. L’autel nord : avec deux colonnes cannelées, et un fronton brisé (XVII° siècle), Saint Sulpice (XVIII° siècle) et Saint Pierre en majesté (XVII° siècle). 3. L’autel sud : dont le fronton est différent. Cet autel est dédié à la Vierge représentée portant l'enfant Jésus (XVII° siècle) et en son Assomption (XIX° siècle). Notons combien le culte de la Vierge et de Saint Pierre étaient liés à l’époque mérovingienne. Est-ce là le souvenir d’une pratique locale plus ancienne ? 4. Statues dans le chœur : Saint Sulpice, Saint Sébastien et l’éducation de la Vierge (XVII° siècle) 5. Tapisseries : Les saintes femmes au tombeau (XVI° siècle). Notons en français l’annonce de l’ange aux Saintes femmes venues au tombeau : « Il est ressuscité, il n’est plus ici ». Les scènes de l'Ancien Testament du fauteuil : figures bibliques (Abraham et Isaac, Moïse, Gédéon et l’épreuve de la toison, David... et l'Agneau de l'Apocalypse), le repas pascal, la manne au désert (XVII° siècle) 6. Stalles du XVIII° siècle avec l'inscription : "Michel Blondel Marguillet en 1771 - Fait par I.S. Manoury, maître menuisier à l'Aigle" et "1771 - Maître Pierre Harel, curé de ce lieu". 7. Lutrin du XIX° siècle. 8. Boiseries à plis en queue d'aronde contre le mur ainsi que sur la base du coffre-lutin. 9. Chaire à prêcher, ornée de guirlandes. 10. Des tableaux : l’un qui représente Sainte Cécile patronne des musiciens (ou plutôt : une annonciation), du XVII° siècle l’autre, le Christ aux outrages, du XVII° siècle 11. Des vitraux contemporains de Jean Barillet, maître verrier bien connu dans la région, ornent la nef : La Sainte famille à Nazareth Saint Sulpice Saint Pierre et ses successeurs, témoins de la présence du Christ à son Eglise. « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,20).
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