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L’église de Saint Symphorien-des-Bruyères est, depuis le XVI° siècle dans sa configuration actuelle, l’église paroissiale du village du même nom situé sur la route de Saint Evroult-Notre-Dame-du-Bois au nord-ouest de l’Aigle. A la suite du synode diocésain de Séez de 1995, la paroisse de Saint Symphorien-des-Bruyères constitue, avec les autres paroisses du Pays d’Ouche, la paroisse Saint Martin-en-Ouche. Elle forme avec Saint Nicolas-de-Sommaire, Saint Sulpice-sur-Rille et Saint Martin-d’Ecublei, le relais des Quatre Saints. Eglise et commune doivent leur nom à Saint Symphorien, martyrisé à Autun à la fleur de l’âge au II° ou III° siècle. C’est un des grands saints de la Gaule. Sa fête est célébrée le 22 août en même temps que les Saints Martyrs : Timothée et Hippolyte. Ces actes paraissent authentiques (in Missel quotidien et vespéral Dom Lefèbvre – édition de 1964). Le surnom des Bruyères atteste d’un sol pauvre de landes qui couvraient la paroisse. Saint Symphorien était, sous l’Ancien Régime, une paroisse de l’élection de Verneuil, une circonscription de la généralité d’Alençon. Elle dépendait religieusement du doyenné de l’Aigle, archidiaconé du Pays de l’Ouche, relevant du diocèse d’Evreux. Depuis le Concordat de 1801, la paroisse de Saint Symphorien-des-Bruyères a été rattachée au diocèse de Séez et au doyenné de l’Aigle. L’Abbé Letourneur, dernier curé de Saint Symphorien a quitté la paroisse en 1975. L’église est alors desservie par les curés de la paroisse de l’Aigle puis intégrée en 1995 dans les nouvelles structures décidées par le synode diocésain. Regroupée autour de quelques familles attachées à leur paroisse et à la foi chrétienne, la communauté ecclésiale reste très vivante et a pris en charge la catéchèse et l’animation des célébrations. La présentation historique et architecturale de cette église est tirée de « l’étude préalable à la restauration de l’église Saint Symphorien (2001) » du Cabinet Touchard, architecte à la Ferrière-Bechet (Orne). Cette étude a été aimablement communiquée par la commune de Saint Symphorien-des-Bruyères et par leurs auteurs. Ont été également consultés divers documents des Archives Départementales de l’Orne, côte G1338 et AD 61-0722. Histoire et architecture de l’église de Saint Symphorien des Bruyères 1. Les origines de l’église Les seigneurs présentateurs de la paroisse de Saint Symphorien sont les seigneurs du Fontenil à Saint Sulpice-sur-Rille, vassaux des Barons de l’Aigle. Le chœur de l’église actuelle semble être la construction primitive du premier édifice religieux de la paroisse aux XI - XII° siècles. Seule une petite fenêtre romane demeure au pignon est de cette première église. D’autres petites ouvertures identiques du chœur seront agrandies au XVIII° siècle. 2. La reconstruction de l’église au début du XVI° siècle Au début du XVI° siècle, la famille du Bû, Seigneur du Fontenil, lancera la reconstruction de l’église avec la participation des habitants de la paroisse. Une grande nef est accolée à l’ouest de la petite église, qui est aujourd’hui le chœur de l’édifice. La façade ouest de celle-ci est couverte d’un portail remarquable de la Renaissance flamboyante. 3. L’aménagement intérieur et la construction de la tour de l’église De 1531 à 1543, les travaux d’aménagement intérieur de la nef commencent avec l’établissement d’une arche entre la nef et le chœur et le percement d’une rosace au pignon ouest. Les fonts baptismaux, un bénitier et des piscines aux ablutions sont installés. Il en est de même pour les statues du portail, une Vierge à l’Enfant et une Vierge de Piété, qui sont ramenées de l’atelier de l’Abbaye de la Trappe. Le banc seigneurial est installé à la limite du chœur, une très belle voûte peinte de lambris de chêne est posée. Malheureusement, rien ne subsiste de ce premier mobilier, hormis la cuve du bénitier octogonale (à voir en entrant à gauche). De 1553 à 1559, c’est le grand projet de construction d’une tour pour accueillir un beffroi pour les cloches et une chapelle pour la famille du Fontenil avec un caveau funéraire. Les cloches seront hissées au cours de l’année 1559. 4. L’église de Saint Symphorien aux XVII et XVIII° siècles Nous ne disposons d’aucun document sur l’histoire de l’église au cours de cette période. On sait seulement que la paroisse est passée sous la protection de la famille d’Erard, seigneur de Rai, à laquelle on doit l’installation du retable et du maître- autel (ancien) et des deux petits autels latéraux de chaque côté de la nef, aujourd’hui disparus. La sacristie est construite à cette même période, tandis que le chœur est profondément remanié et que quatre nouvelles fenêtres sont percées. Cette transformation se fit avant 1785. Un nouveau mobilier est installé : deux confessionnaux, de nouveaux fonts baptismaux en marbre rose, tandis que la tribune est construite en 1788. 5. L’église de Saint Symphorien pendant la Révolution et l’Empire Le 22 janvier 1794, le conseil municipal décide la suppression du culte catholique à l’intérieur de l’église. Croix et statues sont brisées, le coq est remplacé par le bonnet phrygien. L’Abbé Le Boursier desservant la paroisse, bien qu’assermenté, doit quitter son sacerdoce. L’église sera réouverte au culte de 1802. L’Abbé Le Boursier réinstallé, le conseil municipal et le conseil de fabrique essaient de redonner vie à une église ruinée. 6. Le XIX° siècle Cette période sera marquée par la restauration de l’église par Ruprecht Robert, élève de Viollet-le-Duc. Celui-ci découvre l’église de Saint Symphorien à travers le grand ouvrage de Léon Duchesne de la Sicottière et d’Auguste Poulet-Malassy : le département de l’Orne archéologique et pittoresque (1845). Le 30 juillet 1851, le conseil municipal et le conseil de fabrique acceptent le projet de restauration de l’architecte. L’église est sauvée. Les travaux de restauration traîneront cependant en longueur, car entre l’architecte parisien et la commune normande, le désaccord éclate et ce n’est qu’en 1862-1863 que le différend est surmonté. Ce sera ensuite la restauration intérieure de l’église de 1892 à 1899 par Cormilleau, architecte à l’Aigle. Peintures, décors, boiseries et vitraux manquants sont exécutés au cours de cette période. 7. Les travaux du XX° siècle Rien de notable n’est entrepris durant la première partie de ce siècle. On notera cependant la restauration du clocher et la réouverture de la baie au bas de la tour de l’église en 1943. A l’heure du débarquement, le 17 juin 1944 c’est le drame, une bombe allemande V1 tombe à 150m de l’église, détruit une partie de la couverture et brise tous les vitraux. La restauration, avec l’aide de l’Etat, durera de 1948 à 1953 avec le concours de Monsieur Barbier, architecte à l’Aigle. L’Abbé Decongé confie la réalisation des vitraux du chœur et de la nef à l’atelier Barillet de Chartres. Ceux-ci seront exécutés sur les dessins de Jean Barillet, de Sainte Gauburge, artiste bien connu en Pays d’Ouche. A la suite, l’Abbé Pottier, dernier curé de la paroisse poursuit son œuvre par la réalisation d’un vitrail à la première fenêtre sud de la nef (atelier Klein à Rennes). La restauration de l’ensemble des verrières restera cependant inachevée à son départ en 1975. Après cette date, il ne sera plus fait de travaux. On aime à rappeler cependant, dans les années 1990, les travaux de peinture exécutés par un groupe de paroissiens pour une partie du mobilier religieux et le remplacement de la croix de pierre de 1856 sur la façade ouest, brisée à la suite d’un orage. 8. A l’aube du XXI° siècle Dès l’an 2000, la municipalité et sous l’impulsion énergique de Monsieur Boisset, maire, décide un programme de restauration des façades qui est en cours et fait aménager une salle de catéchisme dans la chapelle au bas de la tour. La municipalité est attentive à poursuivre ces travaux de rénovation, soucieuse de valoriser son patrimoine. Sur la voie ouverte par le synode diocésain, les paroissiens assurent une présence visible de l’Eglise dans cette partie du Pays d’Ouche. Eléments remarquables de l’architecture et du mobilier L’élément le plus remarquable et qui a fait la renommée de l’église à travers les siècles est le portail en style gothique flamboyant. Ce portail se compose d’une grande archivolte à tympans entre deux petits contreforts ornementés. Les voussures sont ornées de petites niches qui accueillirent autrefois les personnages ou des symboles aujourd’hui détruits. Au dessus s’ouvrent deux portes couvertes chacune d’un petit galbe. Cinq grandes statues reposaient sous des dés finement sculptés. La Vierge à l’Enfant de belle expression, au centre entre les deux portes, est un don en 1850 de Dom Marie-Bernard, premier Abbé de la Trappe de Timadeuc et ancien curé de Saint Symphorien, pour remplacer celle détruite sous la révolution. On notera aussi la façade sud ornée de quatre contreforts richement sculptés qui encadraient trois grandes baies décorées autrefois de beaux vitraux représentant les donateurs avec leurs familles. Il ne subsiste rien de ces vitraux détruits en 1944. Les parties visibles de la charpente inférieure de la nef et les entraits sont décorés d’éléments rappelant aussi les donateurs : trois d’entre eux sont ornés de médaillons sculptés dans le bois. Jean du Bû, Seigneur du Fontenil est représenté à droite de l’un d’eux avec son casque tandis que de l’autre côté, le visage de la femme est probablement celui de son épouse. Sans la nef, trois statues en bois de chêne, décapées en 1953 : Christ en croix (non daté), Vierge à l’enfant et Saint Sébastien (XVII° siècle). Le retable du maître autel de style Louis XV, en bois de chêne peint et doré, comporte en son centre une descente de la croix, œuvre d’un artiste régional non identifié et malhabile. Seul le visage douloureux de Marie ressort de cette œuvre. Ce retable à trois corps est encadré par deux statues en plâtre polychrome (repeints de 1950) : Saint Michel Archange à gauche, Saint Symphorien en toge (doigts mutilés en 1980). Noter le tétragramme sacré, le décor à fleurs de tournesol, le triangle de gloire de tabernacle. Dans le chœur, l’autel nouveau a été réalisé après 1945 avec les débris des deux autels secondaires dans la tradition de l’autel ancien. Voir aussi les torchères de confrérie, les bancs du XVII° siècle et les stalles du XIX° siècle. On s’arrêtera devant le beau lutrin à l’aigle du XVIII° siècle, supportant un antiphonaire grégorien du XVIII° siècle et devant le vitrail de Saint Evroult de Jean Barillet (XX° siècle). La chaire serait celle du réfectoire de la vénérable abbaye de Saint Evroult, récupérée en 1794 par le district de l’Aigle, après sa destruction. On remarquera les très beaux fonds baptismaux, ovales en marbre rose, couvercle en cuivre avec croix et siège pour l’enfant du XVIII° siècle. De l’ancienne chapelle des seigneurs du Fontenil, n’est visible aujourd’hui que l’autel en pierre du XIII° siècle. Dans la sacristie, on s’arrêtera avec émotion devant la commode sculptée à décor floral et tiroirs en bois de chêne du XVII° siècle qui a servi d’autel pour des messes clandestines durant la révolution (don de Mademoiselle Victorine Bouvry - 1901). L’église et une partie de ce mobilier sont classées à l’inventaire des monuments historiques (1982).
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